Retour d’expérience de la Chambre d’Agriculture de la Marne

« Landfiles est un outil précieux pour accompagner le partage de pratiques sur le terrain »

Pour aller plus vite dans l’identification de solutions, les agriculteurs ont besoin de partager leurs idées et expérimentations avec leurs collègues, en rattachant celles-ci à un contexte précis et détaillé. Andréa Vidal est animatrice de groupes d’innovation à la Chambre d’agriculture de la Marne, et Landfiles lui permet d’organiser le partage d’expériences entre agriculteurs. Voici son interview.

Quelles sont tes missions à la Chambre d’agriculture et depuis quand utilises-tu Landfiles ?

J’ai rencontré Nicolas Minary en juin 2019 et j’ai tout de suite compris en quoi l’application pourrait totalement répondre à nos besoins. « Nos » besoins, car c’est un équilibre entre les besoins des agriculteurs et les miens en tant qu’animatrice de groupes d’agriculteurs innovants. Ma mission est de faire vivre un groupe, garder une cohésion, sur des thèmes que les agriculteurs souhaitent explorer. Lorsque ils mènent des essais qu’ils construisent ensemble pour répondre à une problématique identifiée, c’est souvent moi qui assure le suivi et la capitalisation des résultats. Il y a aussi des essais conduits individuellement par chaque agriculteur, qui doivent pouvoir être suivis en autonomie.

 

Que permet Landfiles pour toi et pour les agriculteurs au quotidien ?

Landfiles vient en complément des outils d’animation que j’utilise déjà. Tous les agriculteurs sont informés à l’instant t des nouveaux contenus publiés : cela facilite le suivi en direct des essais par l’ensemble du groupe. Avoir une vision globale plus juste et élargie de ce qui se passe au sein du groupe, c’est une transparence et une dynamique augmentée. Car on avance mieux en ayant une bonne vision de ce qui se passe chaque jour sur le terrain ! Pour moi, cela engendre une plus grande réactivité, j’ai connaissance de ce qui se passe, des besoins réels et des questions qui émergent. Grâce au moteur de recherche, les agriculteurs peuvent avoir accès à des expérimentations déjà réalisées dans leur territoire ou d’autres régions. Ils peuvent suivre leur parcelle dans le temps et évaluer leurs avancées. Ils peuvent aussi échanger à travers les commentaires ce qui diminue le sentiment d’isolement, comme au sein d’un réseau social mais avec une vraie capitalisation efficace des expériences. Un groupe Facebook, par exemple, draine beaucoup d’informations intéressantes, mais qui restent difficiles à suivre et mobiliser dans le cadre d’une démarche de développement. Avec Landfiles, tout cela est facilité.

 

Suivi colza associé en entrée hiver 2019. Très belle couverture : la féverole dépasse le colza donc joue son rôle de leurre ; la vesce couvre bien le sol donc étouffe les adventices ; et présence du fenugrec qui a une action répulsive contre les altises.

Date de semis : 15/08/2019
Variété et dose de semis du Colza : Amplitude +Archipel + Expansion (42 grains /m2)
Variété et dose de semis des plantes compagnes : Vesce 10 kg/ha + Feverole 60 kg/ha + Fenugrec 5kg/ha
Type d’implantation : TCS
Fertilisation : Fumier bovin 25t/ha
Stade de la culture : Rosette
Biomasse brute : 2.71 kg/ha
Nombre de larves d’altises : 0.75 larves d’altise / m2
Insecticides : Aucun
Régulateur : Aucun

Suivi colza associé en entrée hiver 2019. Très belle couverture : la féverole dépasse le colza donc joue son rôle de leurre ; la vesce couvre bien le sol donc étouffe les adventices ; et présence du fenugrec qui a une action répulsive contre les altises.

Date de semis : 15/08/2019
Variété et dose de semis du Colza : Amplitude +Archipel + Expansion (42 grains /m2)
Variété et dose de semis des plantes compagnes : Vesce 10 kg/ha + Feverole 60 kg/ha + Fenugrec 5kg/ha
Type d’implantation : TCS
Fertilisation : Fumier bovin 25t/ha
Stade de la culture : Rosette
Biomasse brute : 2.71 kg/ha
Nombre de larves d’altises : 0.75 larves d’altise / m2
Insecticides : Aucun
Régulateur : Aucun

Peux-tu nous présenter une parcelle ou un essai ?

Dans le cadre des activités du groupe Terre de Vers (Agriculture de conservation), nous avons mis en place un essai pour identifier le rôle des plantes campagnes dans la régulation des ravageurs du colza. L’objectif est de déterminer quelles plantes compagnes sont les plus efficaces dans la perturbation du charançon du bourgeon terminal et de la grosse altise. La féverole est l’option la plus connue : en dépassant le colza avec son port dressé, elle joue le rôle d’un leurre et le protège, en émettant par ailleurs des substances répulsives contre le charançon du bourgeon terminal. Mais, en existe-t-il d’autres ?, telle était la question…
Comme d’autres agriculteurs du groupe, Matthias Benoit de l’EARL Peupleraie a mis en place un essai de colza associé avec différentes plantes compagnes : phacélie-sarrasin et phacélie-nyger. A la période où il y a une pression forte des altises, le sarrasin arrive en fleur. On a remarqué qu’il y avait une moindre pression du ravageur dans les bandes où le sarrasin était présent, ce qui est un résultat fort encourageant. Dans le cas de l’association avec le nyger, bien que nous ayons comptabilisé un nombre de larves d’altise plus important dans le pivot du colza, nous avons observé lors de nos suivis des altises sur le nyger. Finalement, il est difficile de tirer dans l’immédiat des conclusions extrapolables, tant au niveau de l’efficacité de chacune de ces plantes compagnes sur la régulation des altises que sur les mécanismes qui entre en jeu.. mais cela apporte déjà quelques indications prometteuses !

Pendant ces expérimentations, j’ai eu l’idée d’utiliser Landfiles pour recueillir les données et faciliter la circulation de l’information dans le groupe, mutualiser les résultats.

Pour cela, Avec Nicolas nous avons mis au point un formulaire spécifique de recueil des donnés intégrant les informations que nous voulions suivre sur les conditions d’implantation :

  • Date de semis
  • Fertilisation
  • Variété et densité de semis du colza
  • Espèces et densité de semis de la plante compagne

Ainsi que des données de suivi liées à la date de publication:

  • Stade du colza
  • Pesée de biomasse brute kg/m²
  • Nombre de larves de grosses altises par pied.
  • % de plantes buissonnantes/m²
  • Applications d’insecticide et de régulateur

 

Voici un exemple de publication de l’EARL Peupleraie

Nous avons ensuite planifié 4 publications au cours de la saison :

  • Les données de semis en été
  • Un suivi en entrée d’hiver, pour rendre compte du stade du colza avec une pesée de biomasse brute et un comptage du nombre de larves d’altises par pied (ce sont des critères et règles de décision définis par Terres Inovia qui nous donnent des indications sur l’état de vigueur du colza et le rôle joué par la plante compagne) ;
  • Une publication en sortie d’hiver pour évaluer la perte de biomasse mesurée avant la reprise de vigueur ;
  • Au printemps, une mesure du % de plantes buissonnantes, indication des dégâts du charançon du bourgeon terminal.

J’ai souvent fait les publications et Matthias était avec moi pour apprendre à prendre en main Landfiles.

 

Selon toi, que manque-t-il pour aller vers le partage massif des expériences en agro-écologie ?

On ne se sait pas vraiment ce qu’il se passe dans les réseaux de groupes innovants des autres Chambres, et c’est dommage. Sur le colza associé par exemple, utiliser Landfiles plus systématiquement permettrait un jumelage des groupes innovants dans différentes régions. La condition pour cela est d’étendre le réseau Landfiles à d’autres groupes qui existent et testent des choses sur le terrain. Il faut donc massivement communiquer pour que les animateurs apprennent à utiliser l’application.

Les changements d’habitudes sont longs, et utiliser un nouvel outil n’est pas évident pour les paysans. Depuis juin 2019, j’ai présenté plusieurs fois l’application à mon groupe Méthanisation. Pendant notre réunion de restitution d’essais, on s’est appuyé sur Landfiles pour apprécier l’évolution d’un couvert. Nous avons décidé avec les agriculteurs de mettre en place en 2020 un réseau de parcelles innovantes. Chaque agriculteur va développer un essai grandeur nature sur son exploitation. Je leur ai mentionné le problème de distance et de nombre de déplacements, pour moi qui doit suivre ces essais. Ils ont tout naturellement proposé Landfiles pour faciliter le suivi au sein du groupe ! Chacun créera l’essai sur sa ferme et m’invitera sur le compte de sa ferme pour que je puisse avoir la vision d’ensemble et faire le suivi du groupe.

 

As-tu été accompagnée pour adapter l’application à tes besoins?

Il m’a fallu l’été pour prendre en main l’application en suivant les couverts végétaux du groupe Méthanisation. Nous avons co-construit avec Nicolas le formulaire de saisie de données. On a réalisé beaucoup de réajustements pour que Landfiles réponde pleinement à mes besoins, tant en terme de fonctionnalités que de données saisies. Après l’été, j’avais assez de contenu pour inviter les agriculteurs du groupe et qu’ils puissent suivre en direct l’évolution des essais. Nicolas a été très patient, flexible et à l’écoute.

 

Pour croiser les expériences et récupérer plus de références sur une thématique définie, nous souhaitons mettre au point un formulaire commun à différents groupes en France. Si, par exemple, les animateurs du groupe de Terres Inovia, DEPHY et des Groupes 30 000 peuvent utiliser le même formulaire et mettre en commun leurs essais, on pourrait vraiment accélérer le progrès des pratiques, avec une diffusion efficiente des expériences et observations de chacun !

 

Que conseilles-tu … aux conseillers ?

Le facteur clé de la réussite : être présent, dans les parcelles. Dire aux agriculteurs « Prends ton smartphone avec toi et on fait le suivi ensemble ! ». Publier sur Landfiles avec eux, et faire cela avec chacun pour les inciter à participer.

C’est le temps qui fera la réussite de Landfiles. Au début, beaucoup d’agriculteurs se disent « encore une autre application sur mon smartphone ! » Mais une fois qu’ils ont compris l’intérêt et les bénéfices qu’ils peuvent en tirer, on passe à l’étape de prise en main. Comme tout changement, les choses ne se font pas instantanément. Le premier public qui utilise Landfiles, ce sont les jeunes, qui sont à l’aise pour prendre en main des outils numériques et interagir avec un réseau d’utilisateurs. Mais les agriculteurs du groupe Méthanisation que j’anime ont entre 20 à 50 ans, et cela fonctionne bien. Pour moi, Landfiles est un outil précieux pour le changement d’échelle de l’agro-écologie sur le terrain. Et je suis convaincue que tout cela ne fait que commencer. Nous allons continuer à utiliser l’outil et à le faire évoluer tous ensemble !

 

Groupe Métha - essai CIVE Courte (suivi du 28 octobre)
Groupe Métha - essai cive courte (suivi du 22 aout)

Deux exemples de publications :

  • Groupe Métha – essai CIVE Courte (suivi du 28 octobre)
  • Groupe Métha – essai cive courte (suivi du 22 août)

Une interview réalisée par Opaline Lysiak